Les types de violence

« J’ai réalisé que ce que j’avais enduré pendant 13 ans, c’était de la domination sous toutes ses formes, que j’avais été victime de violence conjugale. » A.F. 

Il est faux de penser que la violence conjugale ne se manifeste que par de la violence physique. En effet, certaines études démontrent que dans plus d’un cas sur 4, le féminicide a été le premier geste de violence physique.* (Campbell et autres, 2003 ; Gouvernement de l’Ontario, 2020) Les auteur.es de violence usent de stratégies de manipulation et de formes de violence plus discrètes et progressives afin d’avoir l’emprise sur la victime. Il est important de ne jamais minimiser la violence vécue par les victimes de violence conjugale, parce que bien que la violence psychologique ou sociale ne laisse aucune marque visible, elles laissent des traces indélébiles au niveau de la santé mentale.

Il existe plusieurs types de violences conjugales, dont certaines qui s’ajoutent avec les innovations, tels que la cyberviolence avec internet. En voici une liste non-exhaustive : le contrôle coercitif, la violence psychologique, la violence émotionnelle, la violence spirituelle, la violence physique indirecte et directe, la cyberviolence, la violence sexuelle, la violence économique, la violence judiciaire et la violence sociale.

*La violence physique n’est toutefois pas à minimiser : elle reste un facteur de risque important dans l’évaluation du risque homicidaire et filicidaire.

Source :

  1. Jacquelyn C. Campbell, et al. « Risk Factors for Femicide in Abusive Relationships: Results From a Multisite Case Control Study », American Journal of Public Health 93, no. 7 (July 1, 2003): pp. 1089-1097
  2. Gouvernement de l’Ontari, « Comité d’examen des décès dus à la violence familiale : Chapitre 2 : survol statistique », 2020.
  3. Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, « Les différentes formes de violences », s.d., URL https://fmhf.ca/definitions/differentes-formes-de-violence/

La violence psychologique

La violence psychologique se situe principalement au niveau des attitudes et des comportements d’une personne. Elle vise l’intégrité psychologique de l’être humain, c’est-à-dire à dénigrer la personne dans sa valeur en tant qu’individu. Voici quelques exemples :

    • Créer un isolement social et/ou affectif autour d’une personne en dénigrant sa famille et ses proches ;
    • Contrôler les allées et venues d’une personne ;
    • Utiliser différentes formes de menaces implicites ou explicites: enlever ou tuer les enfants, se suicider, briser des objets chers, faire de fausses accusations, etc. ;
    • User de cruauté mentale : bouderie, indifférence, silence, exigence excessive par rapport aux tâches, prendre des décisions pour l’autre, etc. ;
    • Faire croire à une personne qu’elle est stupide, bonne à rien, etc.

La violence spirituelle

On parle de violence spirituelle ou religieuse lorsque la liberté d’autrui d’exprimer ses croyances religieuses ou de fréquenter un lieu de culte est restreinte. Cette violence se caractérise par la critique et l’invalidation de l’autre en raison de ses convictions, de ses traditions et de sa culture. De plus, elle implique l’utilisation de conceptions religieuses pour exercer un contrôle, une manipulation ou obtenir des faveurs. En outre, la violence spirituelle ou religieuse se traduit par l’exploitation de la religion afin de justifier des actes de violence ou de domination.

Violence physique indirecte

La violence physique indirecte se caractérise par l’emploi de gestions violent, sans toucher la victime. On met également dans cette catégorie la violence envers les objets. Voici quelques exemples :

    • Briser des biens ;
    • Bloquer l’accès à la sortie ;
    • Lancer des objets ;
    • Frapper dans un mur ;
    • Conduire dangereusement.

Violence physique directe

La violence physique se caractérise par l’emploi de gestes violents envers une autre personne. Voici quelques exemples :

    • Gifler, pincer et secouer ;
    • Serrer le bras ;
    • Mordre, pousser et empoigner ;
    • Donner des coups de pied, frapper ;
    • Séquestrer (enfermer) ;
    • Menacer avec une arme ;
    • Faire une tentative de meurtre ;

Violence sexuelle

La violence sexuelle se traduit par toutes formes de gestes à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou dans certains cas, notamment celui des enfants, par une manipulation affective ou par chantage. Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs, soit par un abus de pouvoir, soit par l’utilisation de la force ou de la contrainte, soit sous la menace implicite ou explicite. Voici quelques exemples :

    • Agresser sexuellement une personne ou la forcer à avoir des relations sexuelles ;
    • Harceler sexuellement une personne (au travail, à l’école, dans la rue, etc.) ;
    • Faire des attouchements sexuels contre le gré d’une personne ;
    • Faire des appels obscènes ;
    • Exploiter sexuellement une personne à des fins pornographiques ;
    • Contraindre une personne à des pratiques sexuelles non-désirées (échangisme, relation anale, orale, fétichisme, utilisation d’objets sexuels, etc.) ;
    • Dénigrer sexuellement une personne.

Violence économique

La violence économique se manifeste par des comportements et des actions qui empêchent une personne d’accéder à sa liberté économique. Encore une fois, cette forme de violence peut être utilisée de façon implicite ou explicite. Voici quelques exemples :

    • Interdire ou fortement déconseiller à sa conjointe de travailler à l’extérieur du foyer ;
    • Contrôler le budget de sa partenaire et/ou saisir en tout ou en partie les revenus ou les papiers importants (passeport, carte d’identité, etc.) de sa conjointe ;
    • Ne pas partager avec justesse le budget familial et/ou refuser de dépenser de l’argent lors d’occasions spéciales ;
    • Contrôler les dépenses pour les besoins essentiels : vêtements, nourriture, frais nécessaires pour le bien-être des enfants, etc.

Violence judiciaire

La violence judiciaire est souvent utilisée comme menace envers la victime. Elle peut également être utilisé pour atteindre la réputation et l’image de la victime. Voici quelques exemples :

    • Menacer de porter plainte contre la victime à la police ou à la Protection de la jeunesse ;
    • Mentir ou manipuler les intervenants sociaux et judiciaires ;
    • Prolonger les procédures inutilement ;
    • Ne pas respecter les ententes, les ordonnances ou les jugements.

Violence sociale

Une violence permettant de maintenir le contrôlant en isolant la victime de ses proches et son réseau social. Voici quelques exemples :

    • Contrôler les allées et venues ;
    • Empêcher de voir certaines personnes ;
    • Faire preuve de jalousie excessive et être possessif.ve ;
    • Critiquer les ami.es et la famille ;
    • Mentir et/ou manipuler les proches de la victime ;
    • Utiliser les enfants pour faire du mal à la victime (violence, négligence…) ;
    • Manipuler les enfants afin d’affecter leur relation avec la victime ;
    • Espionner les conversations téléphoniques ou électroniques.

Violence émotionnelle

La violence émotionnelle a pour but de créer une souffrance émotionnelle de manière intentionnelle. Par exemple : faire peur, faire de la peine, faire sursauter, menacer, ridiculiser, blâmer, insulter, culpabiliser ou humilier la victime, donner espoir d’un changement sans réelle intention de modifier ses comportements, maintenir la victime dans un état de stress élevé, sur le qui-vive.

Contrôle coercitif

Le contrôle coercitif fait référence à une série de stratégies répétitives, certaines violentes et d’autres non, dont les effets cumulatifs doivent être analysés dans leur contexte plus large de domination. Il s’actualise par deux mécanismes, soit la coercition et le contrôle. 

Le contrôle coercitif peut ressembler à :  

    • Être accusée de mentir ou de mal comprendre la situation 
    • Être isolée des autres 
    • Être surveillée dans ses activités et son emplacement 
    • Avoir ses besoins essentiels ignorés 
    • Se faire interdire d’aller à certains endroits 
    • Subir des menaces pour décourager le fait de demander de l’aide 
    • Être maltraitée devant d’autres personnes. 
    • Subir une micro-régulation de son quotidien 

Cyberviolence

La cyberviolence fait référence à l’utilisation des technologies dans le but de surveiller, contrôler, harceler une personne, ou encore pour exercer une pression sur celle-ci. La cyberviolence en générale peut prendre différentes formes, qu’il s’agisse de violence psychologique (par le biais d’humiliation ou de propagation de rumeurs, par exemple), de violence sexuelle (liée à la diffusion de photos compromettantes), de violence économique (comme la fraude ou l’extorsion) ou de violence physique (impliquant le contrôle des déplacements d’une personne via un système de positionnement global, par exemple). On la retrouve à travers divers dispositifs technologiques tels que la géolocalisation, les services de messagerie instantanée, les plateformes de diffusion vidéo et les réseaux sociaux pour perpétrer ces formes de violence.